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Femme guineenne et africaine

Interview:Mme Haïdara Hadja Aylama Traoré gynécologue et animatrice d’ONG

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Mme Haïdara Dr Hadja Aylama Traoré gynécologue et animatrice d’ONG« La Femme guinéenne s’est réveillée… »Dans cet hôpital, elle a été nommée la semaine dernière comme Coordinatrice du Centre de Prévention, Transmission Mère-Enfant de Donka. Elle est également Présidente de l’Association d’Appui aux Mères Monoparentales et Enfance en Souffrance de Guinée (AAMMES). Notre reporter l’a rencontrée. Entretien.

 

Nenehawa.com : Parlez-nous du Centre de Prévention-Transmission Mère-Enfant dont vous êtes la Coordinatrice ?

Dr Hadja Aylama Traoré : Merci de l’opportunité que vous me donnez de m’exprimer à travers votre médium. Je remercie tout d’abord les nouvelles autorités, à travers la Directrice du CHU Donka qui ont bien voulu me confier la coordination de ce centre stratégique en matière de lutte contre le Vih/Sida. Dans ce Centre, nous faisons de la consultation prénatale pour déterminer si la mère est porteuse du virus du sida. Egalement, nous faisons des consultations externes, c’est-à-dire, nous recevons les patients pour des consultations en gynécologie, homme et femme. Il y a une salle de consuling (consultation) groupe où nous donnons des conseils pratiques aux patients sur la prévention et la transmission du Vih/Sida et les mesures qu’il faut prendre pour éviter la contamination. Il y a ensuite une autre salle de consultation individuelle. Là, le patient explique ses problèmes. Nous les examinons et c’est dans cette même salle que les résultats sont rendus à chaque patient consulté. Nous avons aussi une salle de réunion où les grandes conférences se font et où les étudiants en médecine viennent faire leur soutenance et en fin nous avons une salle de vaccination.

Vous êtes Présidente d’une Association dénommée AAMMES. Que signifie ce sigle et quelles sont les cibles de votre Association ?

AAMMES, c’est l’Association d’Appui aux Mères Monoparentales et Enfance en Souffrance en Guinée. Elle a pour cible, les veuves, les divorcées, les femmes qui vivent seules, les filles mères, les orphelins garçons comme filles, les personnes vulnérables, les personnes déshéritées, les plus pauvres des pauvres, et tant d’autres qui se retrouvent dans cette catégorie de personnes. Nous avons des antennes à Coyah, Mamou, N’Zérékoré et Lola en Guinée Forestière. Notre siège national se trouve à Enta Fassa, dans la commune de Matoto, en face de la Mosquée Cissela. Les membres de l’Association sont issus de toutes les professions : nous avons donc des médecins, des ingénieurs, des étudiants, des fonctionnaires.

Quel est le but de votre Association ?

A sa création le 8 mars 2003, AAMMES s’est fixé un seul but : améliorer les conditions de vie des personnes déshérités et celles vivant avec le Vih/Sida. Nous avons donc plusieurs domaines d’intervention à savoir le développement socioéconomique des personnes qui se retrouvent dans la cible de notre Association, aussi le développement de la santé physique de ces personnes, l’amélioration des conditions de vie des personnes déshéritées, et autres domaines de la vie humaine. Nous avons donc comme objectifs principaux d’unir ces personnes en vue de trouver un nouveau cadre d’épanouissement à travers la formation des coopératives pour redorer leur dignité bafouée du fait de la pauvreté et de la misère qu’elles vivent ; de lutter pour les droits de ces personnes, les encadrer pour qu’elles aient un esprit d’initiative dans le but de créer des programmes (projets) pour l’atteinte de leurs objectifs : sortir de cette situation de pauvreté, de misère et de marginalisation par la société. Ce qui leur permettra une intégration économique et sociale.

Avez-vous les moyens de fonctionnement de votre Association et quelles sont les activités que vous avez pu réaliser ?

Depuis sa création le 8 mars 2003, l’Association fonctionne avec ses propres moyens, c’est-à-dire les cotisations de ses membres. Avec ses moyens, nous avons pu organiser des activités de sensibilisation, de formation des femmes veuves et celles en situation difficile. Elle a également fait des dons à ces personnes vulnérables. Dans les communes de Ratoma et de Matoto, précisément dans les quartiers Enta et Dabompa, où nous avons effectué des campagnes d’identification des familles monoparentales et nous sommes arrivés à élaborer des projets puis des plaidoyers au niveau national et international pour que les partenaires soient au courant de ce que nous faisons en vue d’un éventuel financement des projets que nous avons ficelé pour l’atteinte de nos objectifs. A travers ces campagnes que nous avons organisées, nous faisons la prévention, le traitement en cas de transmission du virus ainsi que le suivi et la prise en charge des mères monoparentales atteintes du Vih/Sida et nous les orientons vers d’autres Centres spécialisés. Nous avons également réussi à aider les femmes qui vivent au seuil de la misère à sortir de leur situation. Aujourd’hui, ces femmes font de la saponification, de la teinture ou la couture. Elles vivent de façon digne avec le fruit de leur labeur. Et ça, c’est une fierté pour nous, car notre objectif est d’améliorer les conditions de vie de ces femmes déshéritées, de ces familles monoparentales, etc.

Au jour d’aujourd’hui, nous avons un autre projet : la vulgarisation des droits des femmes dans notre pays. Il y a beaucoup de femmes qui ne connaissent pas leurs droits. Nous avons eu des cas où des veuves sont chassées par leurs belles-mères après le décès de leur mari. Ne sachant pas leurs droits, elles ne savent pas comment s’y prendre et où se plaindre. Elles se retrouvent donc abandonnées et sont généralement obligé de se prostituer pour subvenir à leurs besoins. Ce qui n’est pas normal. Autre projet, nous avons pensé à la formation des membres de l’ONG pour une meilleure prestation de notre Association.

Quel est l’impact de vos activités dans la société guinéenne ?

Nous avons constaté qu’il y a un grand impact sur ce que nous faisons dans l’amélioration des conditions de vie de ces femmes qui vivent des situations difficiles. Par exemple, à travers nos campagnes de sensibilisation, les cibles ont été formées à des métiers socioprofessionnels qui leur permettent de subvenir à leurs besoins et de sortir de la situation à laquelle elles se trouvaient avant. Vous avez des femmes qui font la saponification, la teinture ou la couture. Cela a contribué à améliorer leur vie. Un exemple : il y avait une femme qui cassait les pierres pour les transformer en graviers et pouvoir vendre pour subvenir à ses besoins. Un travail pénible pour une femme. Mais aujourd’hui, grâce à notre campagne, elle fait de la saponification et vit plus heureuse qu’avant.

Avez-vous fait des partenariats avec d’autres ONG ou Associations nationales  ou internationales évoluant dans les mêmes domaines que vous ?

Effectivement, nous avons fait des partenariats avec plusieurs ONG et Associations tant sur le plan national qu’international ayant le même  but que nous. Nous sommes membres dans plusieurs Réseaux notamment le REFMAP (Réseau des Femmes Ministres et Anciennes Parlementaires), le Réseau guinéen de lutte contre le Sida (REGUILSI), le Réseau guinéen de l’Alphabétisation (REGUA), Aide et Action, … des Associations telles que la Fondation Elisabeth Cathy, l’AFDG, l’ASFG, l’Association des Femmes Patriotes de Guinée. Sur le plan international, nous avons les Femmes veuves isolées de la Côte d’Ivoire, l’Association des Filles Mères de Cameroun, l’Association des Familles Monoparentales de France, l’Union Africaine de Chicago ou encore l’Association des Etudiants en développement de Paris. Nous avons une très bonne collaboration avec toutes ces ONG et Associations.

Mais les partenaires privilégiés sont le Programme des Nations Unis pour le Développement (PNUD) à travers le Projet d’Appui à la lutte contre la pauvreté qui a toujours répondu positivement à tous nos projets que nous déposons à leur niveau. Il y a la Banque Mondiale, l’UNICEF, les Ambassades de France et des Etats-Unis ainsi que les Ministères de la Promotion féminine et de l’Enfance, de l’Education, de la Santé et celui de la Jeunesse.

Quelles sont les difficultés que votre Association rencontre dans la réalisation de ses objectifs ?

D’abord ce qui fait notre force, c’est la grande motivation des femmes de l’Association et les quelques matériels que nous possédons. Sans la motivation des membres, nous ne serions pas là aujourd’hui, notre Association allait s’effondrer.Comme difficultés, il faut souligner le manque de matériel d’équipement pour l’administration de l’Association. La Banque Mondiale nous avait offert un ordinateur en 2004 mais aujourd’hui, il est défectueux. Aussi, le manque de financement par les bailleurs de fonds ou de subvention de l’Etat Guinéen fait défaut et entrave l’atteinte des objectifs que nous nous sommes fixés. S’il y avait financement ou subvention, notre champ d’action allait s’étendre dans les autres quartiers de la capitale et même à l’intérieur du pays pour sauver ces pauvres personnes vulnérables. Et nous pourrions lancer l’autre projet qui consiste à vulgariser les droits des femmes.

Quel appel lancez-vous aux partenaires et au gouvernement actuel pour que vos rêves soient réalités ?

Il est vrai que l’ONG doit être autonome, mais avec une ou deux activités c’est impossible de s’auto suffire. Nous souhaitons que la subvention puisse continuer afin que nos rêves pour ces personnes déshéritées et vulnérables soient des réalités quant à l’amélioration de leurs conditions de vie. Dans le programme de société prôné par le Chef de l’Etat, Pr Alpha Condé,  les femmes et les jeunes sont parmi les priorités de son gouvernement. Le Président de la République entend aider les femmes, c’est pourquoi il a initié le programme de microcrédit qui permet aux femmes d’avoir un petit financement pour développer leurs activités. Un fonds a été dégagé dans ce sens. Mais il faut que l’équipe qui est chargé de donner ces microcrédits puisse faire leur travail. Avec ces microcrédits, nous pourrons aider les femmes vulnérables et les aider à sortir de leur situation de misère. Et cela crée de l’emploi. Donc, nous demandons le soutien du gouvernement du Pr Alpha Condé. Aussi, nous souhaitons que le partenariat continue avec nos partenaires. Nous avons besoin de leur appui constant pour sauver ces personnes.

Un mot sur le 8 mars qui est la fête internationale de la femme. Elle a été fêtée au Palais du Peuple avec faste en présence du Président de la République…

Le 8 mars est un grand événement pour les femmes. Chaque année nous le célébrons. C’est donc une journée au cours de laquelle les femmes doivent s’exprimer. Cette année, ‘’La Guinéenne dans la dynamique du changement pour la réconciliation nationale’’ est le thème qui a été retenu. Et avant le jour ‘’J’’, un atelier de réflexion a été organisé au Palais où nous avons réfléchi sur le rôle de la femme dans le développement socioéconomique et politique de notre pays et dans le processus de réconciliation nationale.  Durant cet atelier, je me suis rendue compte que les femmes se sont réveillées. Dans la salle, j’ai compris que la femme d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier. Toutes les femmes se retrouvent aujourd’hui dans tous les domaines socioéconomiques et politiques du pays. On s’est ensuite demandé comment faire pour que les femmes s’impliquent dans la recherche de la paix dans notre pays, car sans paix on ne parlera pas de développement, de santé ou de construction de la nation, donc de l’unité nationale et de la réconciliation de tous les Guinéens. La paix et la réconciliation nationale sont de mots chers au Président de la République et son épouse. Nous devons les aider dans ce sens. Mais pour vaincre ces problèmes, il faut aider ces femmes vulnérables à réintégrer le milieu socioéconomique et professionnel. Quand on a des soucis, on devient aigris envers les autres et comment voulez-vous qu’il y ait réconciliation ? lorsque chacun vaque à ses activités professionnelles, il y aura moins d’aigris et du coup la paix pourra s’installer. Il faut donc qu’on s’aime. Sans l’amour pas de paix et pas de réconciliation nationale.

Vive la femme de Guinée pour que vive l’homme de Guinée.

Entretien réalisé parMarc Sarah pour nenehawa.com

Tél. (00224) 63 12 62 73

NB : Voici les coordonnées de Dr Aylama Traoré

E-mail AAMMES : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

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Tél : (00224) 64 33 21 13 / 67 47 67 22

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