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Femme guineenne et africaine

Interview:Hadja Oumoul Kirami Bah Femme de l´année

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Hadja Oumoul Kirami Bah, femme de l’année "a  cœur vaillant, rien d’impossible"Très active dans le développement socioéconomique de son pays natal, Mme Barry Hadja Oumoul Bah a intégré depuis sa tendre enfance le monde entrepreneurial. Dès après sa formation universitaire,

elle se lance directement dans le monde des affaires, ce qui l’a conduit à diriger depuis 1994, la Société CABALE Guinée SA dont elle est aujourd’hui l’actionnaire principale et la Présidente-directrice générale. Ses ambitions pour l’émancipation de la femme guinéenne, ses projets contre l’exclusion des femmes dans les milieux socioprofessionnels et son combat pour la lutte contre le chômage des jeunes et des femmes lui ont valu le Trophée Femme de l’Année 2011. Interview.

 

 

Nenehawa.com : Pouvez-vous vous présenter à nos lectrices et lecteurs ?

Oumoul Kirami Bah : Je suis Mme Barry Hadja Oumoul Kirami Bah, Présidente-directrice générale du Groupe OKB-CABLE de Guinée. C’est une entreprise de BTP. Je suis membre de Lions’Club et j’ai eu la plus haute distinction de Lions’ Club international, puis compagnon Mère Vision, Membre-bienfaiteur.

J’ai une ONG qui s’occupe des femmes concasseuses de blocs de pierre, des handicapés et de la jeune fille et j’évolue dans plusieurs secteurs de la vie socioéconomique de mon pays.

Quel a été votre parcours avant d’être là aujourd’hui ?

Je vous remercie. Mon parcours a été long. D’abord j’ai commencé depuis l’école primaire avec une boite de lait. Si vous voyez mon logo OKB-CABLE, ça représente une boîte de lait et à côté, vous avez la case de ma grand-mère qui a eu 103 ans. Donc, je me suis occupé d’elle parce qu’elle était presqu’un bébé. Je faisais les marchés hebdomadaires, j’ai fait la teinture. De là, j’ai eu mes deux Bacs au lycée, puis je suis venue à Conakry pour faire l’université. J’ai donc fréquenté la Faculté Administrative et juridique de Bellevue où j’ai décroché mon diplôme de fin d’études universitaires. Après un moment dans la fonction publique, j’ai demandé un départ volontaire de l’Administration publique pour m’occuper de mes affaires. De là, j’ai eu donc un financement BARAF par le truchement de la BICIGUI pour un petit projet FADI LOISIR que j’ai monté pour la location de cassettes vidéo. C’était la première structure de location cassettes en Guinée. J’avais une représentation, toujours dans le Projet FADI, qui faisait les parfums haute gamme. En plus de ça, j’étais employée par CABLE-Guinée.

Je rappelle que CABLE-Guinée est une Société de BTP. Et lorsque cette Société a fait faillite en France, nous, nous avons repris ici l’actif et le passif. Donc, on a fait des constructions pour la SOGETRAG, la SAG, les Agences de BICIGUI à l’intérieur du pays, presque une trentaine de stations d’essence à Conakry et à l’intérieur du pays. Ensuite, on a fait les bureaux de la SOGEAC à l’aéroport de Gbessia, l’abri-incendie de l’aéroport, le bâtiment FAILLETTE et le PCPA de l’aéroport. Puis, nous avons un groupement avec Fougerol avec qui nous avons le chantier du drainage aéroportuaire. J’ai perdu mon associé dans le crash de l’UTA à Cotonou. Depuis ce moment, j’ai repris l’actif et le passif et de là, j’ai eu la recommandation de Fougerol Sénégal, puisque le chantier s’est très bien passé, pour la CSE (Compagnie Sahélienne d’Entreprise, Ndlr.) et là j’ai fait un groupement avec la CSE dans le cadre de la réalisation des travaux de la 2x2 voies Tombo-Gbessia. Donc, j’ai fait la location du matériel avec eux et puis tout ce qui est pose de GBA, tout ce qui est lié à la voirie, a été fait par mon entreprise. Ensuite, j’ai fait la piste Koubia-Fafaya-Gadawountou avec le PDSD sous le financement de la Banque Africaine de Développement (BAD) et l’Etat Guinée, une piste de 69 Km. Puis la Maison des jeunes et le stade sportif de la préfecture de Dalaba dans le cadre du Programme PDSD, sur financement de la BAD et l’Etat Guinéen. Et je suis remontée chez les miniers où j’ai fait 46 maisons d’habitation, 22 latrines, 1 mosquée et tout ce qui est drainage lié à la réalisation des 46 maisons d’habitation et ça, c’est à Tchankoutcholi pour la Société minière Global Alumina, dans la sous-préfecture de Sangarédi.

Actuellement, je suis entrain de faire tout ce qui est curage des caniveaux sur la 2x2 voies Tombo-Gbessia, la route du Prince et je suis encore en sous-traitance pour la pose des GBA avec la Compagnie Sahélienne d’entreprise sur la 2x2 voies. En plus de ça, je fais la distribution des produits de la Société téléphonique Areeba-MTN et je viens juste de créer une Micro-finance qui va s’occuper des jeunes diplômés  sans emploi. Donc, du point de vue social et culturel, j’ai sponsorisé L’Harmattan Guinée de Sansy Kaba.

Au début de votre intervention, vous avez dit que vous avez commencé depuis l’école primaire avec une boîte de lait.  Comment vous avez pu concilier l’activité que vous avez entreprise et les études ?

C’est pourquoi je vais dire aux parents de mettre les enfants à la tâche. J’ai réussi à gérer les deux parce que c’est quelque chose que j’aime. Puisque j’aimais ma grand-mère, il fallait s’occuper d’elle et, étudier était un choix. Donc, j’ai choisi l’utile à l’agréable. Rien ne m’a empêché, je n’avais que ça à faire : s’occuper de mes parents et ce que j’avais choisi, mon petit commerce, sans pour autant délaisser l’école. Donc, je n’avais aucun problème de faire les deux à la fois.

En 2011, il y a eu la création de la Confédération des femmes chefs d’entreprises de Guinée et depuis, qu’est-ce que cette Confédération a pu réaliser dans le cadre de l’insertion des femmes dans les milieux socioprofessionnels ?

Vous savez, c’est un travail de longue haleine. Et là, c’est une confédération de femmes chefs d’entreprise. Toutes ces femmes ont des structures. Nous avons créée cette confédération juste pour accompagner les autres femmes dans leur insertion socioprofessionnelle, parce qu’à un moment donné la femme était reléguée au second plan. Donc, nous femmes chefs d’entreprise, avons pris l’initiative de nous unir et d’unir nos forces pour aider ces femmes. Mais il faudrait que le gouvernement du président Alpha Condé s’implique concrètement par des actes pour nous assister afin de sortir la femme guinéenne de l’ornière. Surtout que ce premier mandat du président de la République, le Pr Alpha Condé, est placé sous le signe de la femme et des jeunes.

Depuis la création de cette confédération, j’ai pensé à apporter une certaine innovation. Je viens donc juste de créer une Micro-finance pour aider les jeunes diplômés et les femmes et j’ai eu l’agrément de la Banque Centrale. Notre siège se trouve à Dixinn et j’ai confié la Direction de cette Micro-finance à un jeune du nom de Alpha Bacar Barry ; il était consultant à l’ONUDI (l’Organisation des nations unis pour le développement industriel, Ndlr). C’est lui qui est donc le Directeur et moi la présidente du Conseil d’Administration et actionnaire à 75 pour cent. Donc, cette structure va aider les jeunes et les femmes, même les femmes qui sont au marché Avaria ou celles qui sont dans le milieu rural. Nous allons demander le soutien du président de la République et de son gouvernement ainsi que les institutions et ONG internationales.

Comme l’a dit le président Alpha Condé lorsqu’on s’est rencontré au Salon de l’emploi – dont je suis membre fondatrice – l’an dernier, l’emploi des jeunes et des femmes constitue une des priorités de son quinquennat. Nous avons fait le Forum avec le soutien de Mme M’Baranga Gasarabwe qui était la Représentante du Programme des Nations unis pour le développement en Guinée. C’est elle qui nous a poussés à organiser ce Forum. Maintenant à la 4è édition de ce Forum, le Professeur Alpha Condé est venu et c’est lui qui a inauguré ; il nous a trouvé dans notre stand. Les jeunes lui ont dit : c’est grâce à elle qu’on a fait ça, c’est grâce à elle que l’Harmattan Guinée a vu le jour et ce jour, le Pr Alpha Condé m’a promis devant tout le monde qu’il va financer ma Micro-finance. Donc, c’est un message que vous voudriez bien lui transmettre : nous attendons la réalisation de sa promesse pour atteindre nos objectifs pour le bonheur des jeunes et des femmes.

Un adage dit : chose promise, chose due. Donc, on est à l’attente puisque déjà, on a créé le projet et le bureau se trouve à Dixinn. On a une agence à Boussoura dans la commune de Matam ; une agence à Taouyah commune de Ratoma et on aura une agence à Nongo, toujours dans la commune de Ratoma. Donc, on attend les Fonds que le professeur Alpha Condé a promis à la Micro-finance. Je promets que ces Fonds vont être utilisés à bon escient. Là, on va soutenir les femmes concasseuses de blocs de pierre, on va soutenir les femmes les jeunes diplômés sans emploi et on va soutenir les femmes.

Qu’est-ce qu’il faut pour accéder au soutien de votre Micro-finance ?

Il suffit de se présenter à ZATROFA (c’est le nom de la Micro-finance). Il y a des dossiers à fournir. Après avoir fourni ces dossiers, nous les examinons et nous donnons une suite au demandeur pour que ZATROFA puisse apporter son soutien. Au sein de la Micro-finance, on a un bureau conseil aux projets puisque ce sont des jeunes diplômés qui  sortent des universités et qui sont sans emploi. On a une banque de données, cette banque pourra les orienter selon leurs vœux. C’est quelque chose qui n’est pas compliqué car on est déjà sur le terrain. Moi, j’ai 30 ans d’expérience, donc je suis moi-même une banque de données pour les jeunes puisque là, je ne vous cache rien, au moment de la grève de 2006 je gérais une station service à Kaporo. Pendant cette grève, ils ont cassé 27 stations services en Guinée, c’est ma seule station service qui a été épargnée. Et là, c’est la jeunesse qui est venue s’opposer à ce qu’on ne casse pas la station de service que je gérais. Et moi, j’habite dans le quartier Cosa ; donc je voudrais qu’on aide les jeunes. Les jeunes qui sont là sont des jeunes sans occupation. Il faut qu’on les occupe. Une fois qu’ils seront occupés, je crois qu’il y aura moins de casses.

Le 14 avril dernier, vous avez été élue Femme de l’année 2011. Quelles sont vos impressions ?

Comme tout le monde l’a dit, ce n’est pas pour me lancer des fleurs, ils ont dit que ça a pris trop de temps pour m’élire femme de l’année, mais comme on le dit : la patience, c’est le médecin de l’âme. J’ai été patiente et aujourd’hui j’ai été honorée à plus d’un titre puisque, là, je suis obligée de redoubler d’efforts. Et chez moi, le mot impossible n’existe pas. Je voudrais que les femmes se donnent la main pour accompagner nos maris. Quand on dit aujourd’hui, un grand homme, il y a une grande dame derrière lui ou lorsqu’on dit une grande, il y a un grand homme derrière elle. Donc, je remercie la presse, je remercie Gnoumassé Daffé qui m’a sortie de l’ombre puisque moi j’étais dans l’ombre. Les gens ne savaient pas ce que j’étais entrain de faire. Donc, je disais au moment de la remise du Trophée : succéder  à Makalé Traoré, ce n’était pas facile, mais c’est une continuité de ce qu’elle a fait et de ce qu’elle est entrain de faire. J’ai dit également que je dédie ce trophée d’abord aux femmes concasseuses de blocs de pierre, aux femmes de Guinée, à mes collaborateurs et je remercie mon mari qui m’a toujours soutenu dans mon combat de tous les jours pour l’émancipation de la femme guinéenne. J’ai remercié également le Patronat de Guinée (PAG) dont je suis membre et enfin j’ai dit que dédie ça à la paix, à la réconciliation nationale. Et je voudrais que les femmes, je répète encore, se donnent la main ; qu’elles partagent le risque car, seul on est invisible mais ensemble, on est invincible.

Quels sont vos projets ?

Mes projets, j’en ai plein si on m’accompagne.

Par exemple ?Là déjà, il y a ma Micro-finance qui est un gros projet. Ensuite, j’ai un autre projet : je voudrais qu’on s’occupe vraiment des prisonniers. Ça, c’est mon deuxième projet. Qu’on essaie d’assainir les projets. C’est donc un projet qui me tient à cœur.

Comment comptez-vous réaliser ces différents projets qui vous tiennent à cœur ?

Là, je me répète encore : ça demande l’appui non seulement du Gouvernement du professeur Alpha Condé, mais également les institutions ou ONG internationales. Sans leur appui, il serait difficile pour moi mais comme je suis une habituée du système, j’ai toujours aimé donner le minimum que je possède pour le bonheur des autres et de la nation. Le partage et l’esprit de partage. Donc, je n’ai aucun problème en m’accompagnant. Si le gouvernement et les institutions ou ONG internationales, même les personnes de bonne volonté m’accompagnent, je pourrais faire de belles choses pour le pays. Je suis patriote et j’aime bien mon pays. Je ne suis jamais allée en aventure, d’ailleurs je m’ennuie quand je suis à l’extérieur.

Avez-vous un dernier mot à adresser à l’endroit des femmes puisque déjà vous avez demandé au gouvernement aux partenaires techniques et financiers de vous accompagner dans la réalisation de vos projets ?

Le message que je lance aux femmes de Guinée est d’être unies et solidaires, de se donner la main pour avancer. Les femmes de Guinée sont des Amazones. La Guinéenne est très brave. Et je relance encore notre souhait d’être accompagnée et soutenue par le Gouvernement et les partenaires techniques et financiers, et même les personnes de bonne volonté pour la réalisation de nos différents projets. On compte entièrement sur le mandat du professeur Alpha Condé dédié à la femme et à la jeunesse. J’ai toujours œuvré pour ça. Je tiens donc à ce qu’on se donne la main et qu’on enlève de nos têtes l’esprit de ‘’moi’’ et qu’on revienne sur les pas de nos aïeux qui ont toujours travaillé en communauté. Je vous remercie.

Interview réalisée parMarc Sarah pour nenehawa.com Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. él : (+224) 63 12 62 73

Oumoul Kirami , femme de référence

Née avec l’indépendance de la Guinée, Hadja Oumoul Kirami Bah est mariée et mère de deux filles et un garçon. Très jeune, déjà dans les entrailles de ses études primaires, elle s’engage dans le secteur informel. Le métier de négoce, elle l’exercera jusqu’à l’obtention de son Baccalauréat 1 et 2. Arrivée à Conakry pour ses études universitaires, de 1977 à 1980, elle fréquente la Faculté des sciences administratives et juridiques de Bellevue dans la commune de Dixinn où elle se montre dynamique et très engagée à réaliser ses rêves : devenir un symbole et une référence.

Dès après sa formation universitaire, elle suit un stage au Ministère de l’économie et des finances, puis devient Rédactrice d’administration. Son passage au Centre des formalités d’entreprise lui permet d’acquérir une solide expérience (1985 et 2003) qui lui permettra de créer sa propre entreprise dénommée OKB Agency. Elle se spécialise dans l’importation et la distribution de marques de parfum haut de gamme, ainsi que la production de yaourt Matou lait en passant par une briqueterie qu’elle installe à Nongo dans la commune de Ratoma.

Elle devient associée et Directrice générale adjointe de CABLE Guinée S.A. Ses actions montent de 10%, puis à 20% et 50%.

En 2000 elle fonde le Groupe d’Affaires OKB Agency qui englobe plusieurs filiales, dont la SIS Guinée, une entreprise d’informatique, Djikè Guinée, entreprise commerciale, Boubha Kane Guinée pour la gérance de certaines stations services Shell de la capitale, Goubera international, une entreprise de transports, etc.

Quatre ans après, elle fait de CABLE Guinée S.A, une entreprise de BTP à l’échelle internationale. A son actif, la construction des villages déplacés Pétoun Djiga et Touldé (46 maisons d’habitation, 22 latrines, 1 mosquée) pour le compte de Guinéa Alumina Corporation, la réhabilitation de la piste Koubia-Fafaya-Gada Woundou long de 69 Km pour le compte du PDSD, la construction de 57 écoles en Basse et Moyenne Guinée sur financement de la KFW, la construction du siège du Ministère de la sécurité à Coléah, la construction du siège de la SOGEAC à l’aéroport international Gbessia conakry, la construction du Centre culturel Franco-guinéen Sory Kandia Kouyaté, la réhabilitation de la 2x2 voies Tombo-Gbessia.

Son entreprise est également spécialisée dans la réalisation de travaux de réhabilitation de lieux publics, de réaménagement routiers, d’infrastructures pétrolières, de bâtiments ainsi que d’infrastructures scolaires, sanitaires et sociales.

Récipiendaire du Prix de l’Entrepreneuriat Economique de Guinée pour l’année 2003 ainsi que du Prix de la plus haute distinction de Lyons Club international, en 2004 à Génève, elle reçoit le Prix Centry International Gold Quality Era Award.

Entre octobre et novembre 2007, elle a participe à l’International Visitor leadership Program à Washington DC. Oumoul Kirami Bah a mis en place une Association pour le Soutien aux eemmes, aux enfants, aux eersonnes âgées et aux handicapés. Elle est membre du Réseau des femmes d’affaires de l’Afrique de l’Ouest  (REFAO). Le 14 avril dernier, elle a reçu le Trophée de laFemme de l’année 2011, succédant ainsi à Dr Makalé Traoré ancienne ministre.

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