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Femme guineenne et africaine

Interview: Mme Mabinty Manet, jeune femme guinéene résidente aux Etats Unis.

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Qui est Mabinty et que fait-elle pour gagner sa vie ici aux états unis ?

Je m’appelle Mabintou MANE. Je suis de la 32eme promotion de l’Université Gamal Nasser de Conakry (Faculté Economie et Gestion). Après mes études, j’ai travaillé pour la GTZ (Coopération Technique Allemande) section logistique à Gueckedou.
La GTZ, au delà des projets d’aide au développement, assiste beaucoup  les  refugiés en Guinée. Après les années GTZ, je me suis envolée pour les Etats-Unis ou je vis encore, précisément à CHICAGO dans l’Etat de l’Illinois.

 

J’y evolue dans le domaine des tresses (coiffure), qui est très prisé et assez pratiqué par les femmes africaines. Je suis « self-employed », donc bosse à mon propre compte depuis 2005.

Félicitations pour cette prouesse, Mabinty. Quels sont les avantages de travailler à son propre compte ?

Toute activité humaine « personnelle », qu’elle soit ou pas génératrice de revenus, ne présente pas seulement que des avantages. Des inconvénients existent aussi.

Mais lorsqu’on y regarde de très près, les avantages de travailler à son propre compte, sont de loin, les plus nombreux. .Soit signalé en passant, ici les responsabilités sont plus grandes.

Le principal avantage de la freelance en d’autre terme, est la liberté d’entreprendre et de prendre des initiatives. On n’est pas inhibé par le fait de devoir toujours  rendre des comptes à un supérieur.  Du coup, on développe une autonomie et un sens de responsabilité, assez poussé et aigu.

Cependant,  pour réussir dans ce genre d’entreprise, une certaine discipline personnelle et organisationnelle s’impose. C’est dire alors qu’on ne doit pas se permettre de faire n’importe quoi. Une bonne organisation est indispensable et requiert que la vigilance et surtout l’étude de la portée des décisions qu’on prend ou des actes qu’on pose fassent parti de son quotidien.

Je  vais ajouter, pour terminer sur ce point, quelques avantages qui encouragent :

-          La gestion de ton emploi de temps est plus facile

-          Les heures de travail ne sont pas limitées

-          Les bénéfices financiers ne sont pas à partager.

On justifie généralement la pauvreté en Afrique par le manque d’initiatives privées. Quelles sont, selon vous, spécialiste d’économie, les conditions pour que l’Afrique deviennent un terrain propice à l’initiative privée et à la création des entreprises ?

Je pense effectivement que l’essor économique de l’Afrique viendra du secteur privé. Cependant, pour que celui-ci puisse se développer nous avons besoin d’une volonté politique.

Ainsi, la bonne gouvernance reste la clé pour attirer et encourager les initiatives privées, car l’Afrique dispose d’un potentiel économique immense dans presque tous les domaines. Nous avons non seulement besoin d’une stabilité politique dans nos pays mais aussi de la transparence et des politiques publiques volontaristes.

Par exemple la remise en question des contrats miniers et autres est une preuve éloquente de cette situation d’instabilité qui freine l’initiative privée allant dans le sens de la création des entreprises (donc des emplois).

Comme le disait le Président  OBAMA au Ghana, « l’Afrique a besoin des institutions fortes pas des hommes forts ».

Et pourquoi encore une fois les femmes sont plus en reste ?

A mon avis, il y’a principalement deux causes qui justifieraient que les femmes soient moins impliquées, même si ces dernières années la tendance est a l’amélioration.

Tout d’abord, les femmes sont malheureusement moins scolarisées que les hommes et assez souvent, poussent moins les études. Aussi, jusqu'à présent, dans certaines familles Africaine en général et Guinéennes en particulier, on préfère scolariser le petit garçon assujettissant la petite fille aux taches ménagères.

Aussi, au nom de la « tradition », il y a encore beaucoup de mariages précoces.et la petite fille que l’on marie à 15 ans (niveau collège) est obligée de mettre un terme à ses études.

Ensuite, il y a les barrières culturelles qui sont encore vivaces. En effet, dans la mémoire collective et pour beaucoup (même certaines femmes le pense malheureusement aussi), la femme doit rester au foyer pour s’occuper du foyer et des enfants.

Heureusement cette situation est entrain de changer peu à peu avec les nouvelles générations.

Malgré tout le combat des femmes émancipées, ces phénomènes d’inégalité restent toujours d’actualité. En tout cas ils n’ont pas encore disparu.

Par exemple : pour la même fonction et avec le même niveau, une femme toucherait 10% a 20% en salaire, moins que l’homme.

La femme, elle aussi a presque toujours tendance à demander l’avis d’un homme face à un problème au lieu de demander l’avis de sa collègue de même sexe, croyant naïvement que l’homme détient toujours la solution.

Les statistiques montrent que le pourcentage en population des femmes, en Guinée et même dans le monde est plus élevé que celui des hommes. Mais paradoxalement, dans le domaine des emplois, de prise de décisions, elles sont reléguées au second plan.

L’émancipation de la femme serait vraiment une réussite, mais pas avant qu’elles se mettent en tête qu’elles sont égales aux hommes et qu’elles peuvent  faire autant et pourquoi pas mieux que les hommes.

Le combat pour l’émancipation des femmes, l’égalité des droits continue donc..

Précisons que dans certains pays comme le Bénin, le Togo, nous avons des « nanas Benz », ces femmes qui ont fait fortune dans la vente des pagnes ? Et en Guinée ? Peut-on conclure que les guinéennes manquent d’esprit d’entreprise ?

La Guinée connait sans cesse et depuis plusieurs années, l’émergence de diverses associations. Les plus connues sont : - L’association des femmes leaders de Guinée - Groupement des femmes d’affaire de Guinée - Association des femmes entrepreneurs de Guinée.

La création de toutes ces associations est une preuve éloquente du dynamisme de la femme guinéenne tant à l’intérieur qu’a l’extérieur.

Je ne pense pas que les femmes guinéennes soient moins entreprenantes que leurs homologues du Benin ou du Togo. Seulement, il y a peut être en Guinée un problème beaucoup plus d’ordre organisationnel. Car nous avons aujourd’hui un peu partout en Guinée des exemples de femmes d’affaires notamment dans les secteurs informels, qui réussissent à mener des activités très pérennes. Cependant, ce sont souvent des cas individuels. Il faut que nous arrivions à formaliser les choses, c'est-à-dire à mettre en place des structures locales voir nationales qui permettraient aux femmes de se regrouper par domaine d’activités (en coopératives par exemple) et d’entreprendre ensemble comme ça se passe dans certains pays africains.

En résume, il nous manque uniquement  une synergie, un cadre, des lois, des structures, qui permettent ou facilitent le regroupement des femmes et aussi à ne pas négliger, l’accès au microcrédit comme ça se passe dans les pays asiatiques tels que l’Inde ou le Bangladesh. Ainsi, créerait-on, implicitement, une dynamique chez toutes femmes désireuses d’entreprendre.

Vous avez sûrement suivi l’actualité ces derniers jours. On parle des objectifs du millénaire pour le développement pour 2015… On parle de l’égalité et de l’éducation pour tous, de l’amélioration de la santé des mamans entre autres… Quelle lecture faites vous de ces objectifs et  que doivent faire les états du nord pour ne serait ce que se rapprocher de ses engagements en 2015.

Je pense que c’est une très bonne chose que nos états se soient fixés des tels objectifs. C’est  louable et vu la situation des femmes de notre continent, je dirai même que c’est très ambitieux.

Comme je l’ai dit tantôt, la clé pour moi reste l’éducation. Il faut que nos dirigeants priorisent ou mettent l’accent sur l’éducation et sur la santé. Au 21eme siècle, il est inacceptable que les femmes continuent de perdre la vie en maternité ou bien pour cause de maladies bénignes évitables ou traitables. Ensuite le deuxième axe va être l’éducation.  Car instruites, les femmes vont naturellement s’investir dans la vie économique et sociale.

Que peuvent profiter les femmes africaines de l’expérience des femmes aux USA ?

Je ne parlerais pas des infrastructures qui ne sont pas comparables à ce que nous avons dans nos pays, j’évoquerai plutôt un état d’esprit qui a participé grandement à faire de l’Amérique ce qu’elle est aujourd’hui.

C’est ce que l’on appelle ici communément « the American dream. » Cela veut dire d’une manière générale que l’on doit toujours aspirer au mieux et que l’on ne doit pas se mettre des barrières dans la tête. On doit plutôt se battre pour franchir celles qu’on met au travers de son chemin. Il faut toujours se dire que tout est possible, que l’on peut y arriver et que l’on doit y arriver.

D’un point de vue intrinsèque, les femmes africaines occidentales sont plus fortes que leurs homologues de l’occident. Mais malheureusement, en Afrique, les femmes ont été « bridées » mentalement par le poids des traditions et des cultures. Il faut que  petit à petit les femmes africaines apprennent  à s’assumer et à être plus  ambitieuses. Et cela, encore une fois, doit nécessairement passer par l’éducation et donc l’évolution des mentalités dans nos sociétés.

Votre dernier mot pour Nenehawa.com

Je souhaite un succès encore plus grand à votre site. Il fait partie de portes voix des femmes du continent. Des organismes comme le  votre participent grandement à l’émancipation des femmes.

Nous vous remercions.

C’est moi qui vous   remercie  de m’avoir donné l’opportunité de m’adresser à mes sœurs africaines.

Interview realisée par Nenette Baldé Pour nenehwa.com

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