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Femme guineenne et africaine

Interview: Mme Ilissaou Bah

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Mme Ilissaou Bah « Les femmes sauront mettre leurs talents au service de nos nations. Elles sont nombreuses qui disposent des compétences et d’expertises confirmées pour relever les vrais défis de développement auxquels nous sommes confrontés.

» Est une Guinéenne vivant à Londres "Titulaire d'une licence de Relations internationales et d'un Master en Crime International et Sécurité Globale" elle  est connue pour sa vaillance et son dynamisme non seulement au niveau professionnel, mais aussi humain et social. Votre quotidien nenehawa.com l'a rencontré pour vous. Entretien à lire

 

 

Bonjour Mme Iliassou… Bonjour nenehawa.com

Catherine Samba-Panza devient la troisième femme à diriger un Etat africain après Ellen Johnson Sirleaf (Libéria) et Joyce Banda (Malawi). Quelle lecture faites-vous de cette montée inédite des femmes au sommet des états de notre continent ?

L’émergence de l’élite féminine au sommet des Etats Africains constitue une avancée significative vue nos mœurs et coutumes. Plusieurs pays ont expérimenté le quota de 30 % ou la parité entre homme et femme au niveau des différentes instances de prises de décisions. Les mutations sont nettement visibles. L’Union Africaine est dirigée par une femme ainsi que trois pays africains. C’est un réconfort moral qui mérite d’être salué. Certes, d’énormes efforts restent à réaliser pour lever les barrières liées à l’égalité entre les sexes.

Très sincèrement cet acte fait  renaitre en moi un immense espoir.  Et J’ose croire que cette dynamique prendra de l’ampleur. Les femmes sauront mettre leurs talents au service de nos nations. Elles sont nombreuses qui disposent des compétences et d’expertises confirmées pour relever les vrais défis de développement auxquels nous sommes confrontés. Et ainsi, l’émancipation de la femme deviendrait une réalité et non une propagande.

Peut-on envisager une femme  en Guinée ? Si oui quels seraient ses atouts ?

Oui, Pourquoi pas ? Même s’il faudra reconnaitre que les chances ne sont pas très grandes pour les années à venir. Cependant, je reste quand-même convaincue que ma génération verra une femme au sommet de l’État Guinéen. C’est une question de temps. Les femmes de notre pays ont toujours été engagées dans le combat politique. Elles sont également très actives sur les questions de développement de notre pays.

Je prends compte du nombre de femmes guinéennes formé au pays et dans des grandes écoles de réputation internationale qui a pris un essor hautement considérable dans tous les domaines. Plusieurs d’entre nous ont acquis des expériences dans des prestigieuses institutions d’aide au développement ou secteur privé. C’est un potentiel non négligeable. Nos pays ont besoin d’une réelle volonté politique de la part de nos dirigeants qui doivent procéder à la valorisation de l’expertise féminine à tous les niveaux de l’administration centrale et déconcentrée.

C’est vrai que nous avons un très faible taux de femmes dans le gouvernement ainsi que dans différentes institutions. Mais la présence d’une femme à la tête du CNC nous honore ainsi que la récente candidature d’une femme de l’opposition Républicaine pour briquer le poste du Président de l’Assemblée Nation. Ce sont des signaux forts qui attestent le désir des femmes de jouer un rôle de premier plan. C’est-à-dire être au sommet.

Nous savons que vous êtes assez calés en Politique…Quel a été votre parcours scolaire, universitaire et professionnelle ?

Humm ! Calée ? C’est trop dire, car je suis toujours en train d’apprendre. Néanmoins, je peux dire que mon parcours académique et professionnel est satisfaisant. Apres mon cycle secondaire, je me suis retrouvée dans un pays ou ce  n’était pas facile d’accéder à l’étape suivante, c’est à dire à  l’université sans apprendre la langue.  Donc j’ai fait les cours de langue (l’Anglais) pendant 2 ans avant de décrocher mon 1er diplôme en Business Organisation.  J’ai ensuite poursuivie mes études universitaires à l’université de Coventry avec une licence en Relations Internationales et Politique. Et par la suite j’ai décidé de continuer mon Master dans la même Université, mais cette fois ci en Crime International et Sécurité Globale. Aujourd’hui j’évolue en temps partiel dans une boite  financée par l’Etat Britannique, qui consiste à former les diplômés pour leur permettre de poursuivre leurs carrières avec l’etat. Mon cas par exemple  serait soit avec l’immigration, la police, l’Interpole ou toute autre organisation qui s’occupe des questions de sécurité. Mais avant cela, j’ai eu l’opportunité de travailler dans certaines Organisations Non Gouvernementales telles que  le centre des refugies de la ville de Coventry ici en grande Bretagne. Ensuite une autre organisation similaire qui s’occupait des femmes victimes de violences Conjugales. C’est  d’ailleurs à partir de là que j’ai eu une envie de quitter le domaine politique pour me consacrer dans la sécurité Globale et le crime Organise. C’est-à-dire le Terrorisme, le trafic Humain/Drogue et  la Mafia etc.….

La violence conjugale reste un grave problème en Afrique comme partout dans le monde. C’est quoi la violence conjugale? Avez-vous des estimations et conséquences alarmantes à nous communiquer?

Pour être simple et précis,  je dirais que la violence conjugale est cette forme de violence qui prend place entre deux conjoints ou l’un domine l’autre et essaye de l’exercer de manière violente. Elle est physique ou sexuelle le plus souvent. Nous avons aussi d’autres formes comme celle verbale,  qui consiste à tenir certains propos déplacés qui peuvent être des injures, de l’humiliation, des chantages ou simplement certains qualificatifs désagréables. En outre, on rencontre la forme psychologique qui est perçue souvent moins grave par rapport aux autres. Alors qu’elle présente des aspects dangereux dans la mesure qu’elle déstabilise mentalement très souvent la victime.

Et ce qu’il faudra retenir, c’est que ce fléau reste une menace globale malgré les mesures disciplinaires prises par certains pays dont les états les plus développés. Mais jusque-là, quand nous nous fions aux statistiques on peut facilement comprendre que nous sommes loin de voir un monde sans violence. Je prends le cas de la grande Bretagne par exemple, un pays qui s’investit beaucoup sur les questions de sécurité humaine. Mais malgré tout, les statistiques sont vraiment alarmantes. Car selon la police, sur toute l’étendue du territoire un cas de violence est enregistré à chaque 2 heures. Et là encore, on nous parle que d’un certain pourcentage reporté aux autorités. Car  le taux de victimes silencieuses est  plus élevé que celles qui essaient de briser le silence et  dénoncer  leurs bourreaux.

Comment réagir face à la violence conjugale ?

En Occident par exemple tous les ingrédients sont présents pour réagir face à ce fléau. Non seulement, nous avons des lois qui sont appliquées effectivement à la lettre, mais aussi le soutien financier et moral des victimes est offert. Je veux parler ici des centres d’accueils, des conseillers psychologiques et des soins médicaux en cas de traumatisme.

Et Contrairement à l’Afrique, le premier problème qui se pose, c’est que  la violence conjugale est le plus souvent vue comme une chose normale. Nous sommes victimes d’une société qui pense qu’elle  reste l’unique solution pour éduquer  une personne en faute.  L’absence de moyens financiers  et le support moral à l’image de l’occident  rendent la tâche difficile, voire même impossible aux victimes de sortir de leur silence ou s’échapper de leur dilemme.

Pour le cas particulier de chez nous, il faudra d’abord selon moi créer un environnement plus civilisé, un monde sans violence c’est trop demander, (parce que même l’occident n’a pas atteint le niveau  Violence-zéro) mais un monde avec moins de violence est possible. Et pour cela le besoin de sensibiliser le peuple s’impose avant de passer à la mise en place des lois de protection et des mesures  qui pourront encourager les victimes à briser le silence et se mettre à l’abri.

Vous êtes une femme très dynamique, engagée dans les réseaux sociaux  d´où vous vient cette énergie ? Et à quel niveau pouvons en tirer profit en tant que femme ?

Tout à fait ! Et vous n’êtes pas sans savoir qu’aujourd’hui ces réseaux sociaux sont  d’une importance capitale pour la société. Ils m’offrent l’opportunité d’une part, de communiquer à travers le monde avec ma famille, mes amis et collègues et d’autre part, d’être au bain de la situation sociopolitique de mon pays ainsi que le reste du monde. C’est toute une école, une plateforme de donner et de recevoir. Aujourd’hui à travers ces réseaux nous avons la possibilité de communiquer avec nos dirigeants, notre communauté via ces forums qui débattent de la politique, des faits de société etc... Donc sachant tout cela, je suis motivée à être présente et y prendre part.  Et en tant que femme, je profite des forums tel que le vôtre pour en savoir plus sur une vie de couple, comment gérer une famille et sans oublier vos conseils sur le côté santé et hygiénique.

La Tunisie a adopté la parité hommes-femmes en politique. En quoi une décision semblable serait bénéfique dans notre pays, la Guinée ? Avons-nous assez de ressources féminines ?

Je l’ai mentionné plus tôt! La femme Guinéenne d’aujourd’hui n’est aucunement différente à celles des autres pays dans tous les domaines.  Emancipée, Intellectuelle,  et très active, il faudra seulement  les préalables pour en faire une, identique à celle de l’occident. De ce fait opter pour cette parité Homme-Femme en politique comme l’a faite la Tunisie, ne serait que bénéfique pour un pays qui est doté de cette précieuse ressource féminine.

Votre dernier mot.

Un dernier Mot ?  Certainement pas, car en tant que femme guinéenne, j’espère être reçu de nouveau sur ce site qui est un excellent outil dédié au développement de notre pays.

Mais pour ma conclusion,  je dirais que je demeure convaincue que l’Afrique dispose des atouts précieux en termes de ressources humaines et naturelles, si elles sont mises en valeur, elles pourraient assurer le décollage rapide de nos pays. Les femmes africaines en générales et celles guinéennes en particulier ont des rôles essentiels à jouer dans la construction des Etats modernes. Et pour cela il faudra que  nos dirigeants posent des actes solides en votant des lois permettant de mettre la femme au même pied d’égalité que les hommes, des mesures leur permettant  d’être en sécurité et à l’abri des violences conjugales. Ensuite, l’Etat se doit d’encourager l’éducation de la jeune fille au plus haut niveau et bien sûre avec des mesures d’accompagnement, et enfin leur donner plus d’opportunités pour occuper des hauts postes dans l’administration. J’encourage aussi les femmes Guinéennes  à s’engager dans le combat pour une Guinée prospère et bon à vivre et pour y prendre part Il faudra oser, et briser certaines barrières qui nous empêchent de sortir de cette prison traditionnelle et évoluer comme il se doit dans ce 21emme siècle.

Nous vous remercions de nous avoir accordé cette interview

Très sincèrement, c’est moi qui vous remercie de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer sur ce site qui fait la fierté de notre pays en générale et nous les femmes en particulier. Je ne saurais terminer cette interview sans vous féliciter du bon boulot que vous faites. Je voudrais profiter également de l’occasion pour dire à nos compatriotes que vous êtes un exemple à suivre et des personnes à encourager.  Merci à toute l’équipe de Nene Hawa et aussi à vos fidèles lecteurs et lectrices.

Une interview réalisée par  Nenette Baldé Pour Nenehawa.com

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