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Femme guineenne et africaine

Mutilations Génitales Féminines : Défiance à l’égard de la loi et …du bon sens !

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Si la question n’était pas grave, elle aurait fait sourire. La pratique des mutilations génitales féminines est l’exemple même de la chose que l’on fait sans même savoir pourquoi on le fait Lorsque vous demandez au citoyen lambda pourquoi il pratique l’excision – type le plus fréquent de mutilation pratiquée en Guinée – la seule réponse « sensée » qu’il pourra vous donner est celle qui consiste à dire : « nous avons trouvé que nos parents le faisaient ; nous ne faisons que suivre ce qu’ils nous ont enseigné ». Si votre interlocuteur a fait quelques années d’études coraniques, il vous dira que « c’est écrit dans le Coran ». Un autre vous dira : « c’est pour le bien de la femme » ; « c’est pour lui éviter de se livrer au vagabondage sexuel », etc. Au fond, les gens pratiquent l’excision parce qu’ils ont la ferme conviction que ce qu’ils font est non seulement bien mais qu’en plus ils ont l’obligation (vis-à-vis de Dieu) de le faire. Ils sont convaincus qu’ils peuvent aller en enfer – ou leur fille – pour une histoire de clitoris laissé en paix.

Il se trouve que depuis plusieurs années, l’Etat, les partenaires au développement et les ONGs s’essayent en vain à faire comprendre aux gens qu’ils sont dans l’erreur. En 2005, on a trouvé que près de 97% des femmes et filles de Guinée ont subi l’excision : 99% des femmes peulhes et soussous ; 97% des femmes malinkés ; 98% des femmes kissis ; 90% des femmes tomas ; et 68% des femmes guerzés (EDS 2005). Il est peu probable que les chiffrent aient pu considérablement varier depuis cette date. C’est donc en vain que l’on s’active à organiser des campagnes de sensibilisation afin que l’on abandonne cette pratique à la fois inutile et néfaste pour la santé des filles et femmes qui la subissent.

L’Etat est même allé plus loin. Il a purement et simplement interdit les mutilations génitales féminines. En effet, depuis 2000, l’excision constitue une infraction en Guinée (La loi du 10 juillet 2000 sur la Santé Reproductive) ; et sa pratique est punie d’un emprisonnement de 3 mois à 2 ans et/ou d’une amende de 300 000 FG à 1 000 000 FG (Code de l’enfant, art.407). Malheureusement, comme la plupart des lois, ces textes ne semblent pas être appliqués. Et les mutilations génitales féminines continuent.

Pourquoi malgré les efforts fournis en matière de sensibilisation et malgré l’interdiction de la pratique, continue-t-on d’exciser les filles en Guinée ?

A cette question, plusieurs réponses sont possibles et d’abord celle de la faiblesse de l’Etat, incapable de faire respecter les lois qu’il édicte. Mais la réponse la plus évidente est celle d’une réelle défiance des populations à l’égard du bon sens. En effet, l’excision n’est pas une obligation religieuse.  Il s’agit – en tout cas en ce qui concerne l’Afrique – d’une pratique qui remonte à l’antiquité égyptienne. Ayant tout perdu, il ne nous est resté que quelques pans de la civilisation antique et donc, entre autres la pratique de l’excision. Ignorants même cela, nous nous sommes mis à penser que c’est l’Islam – pour les musulmans – qui nous commandaient d’attenter à l’intégrité physique des filles et des femmes. Or, non seulement le Coran ne mentionne pas cette pratique mais en plus des savants musulmans l’ont dit. D’ailleurs, une autorité religieuse mauritanienne est allée jusqu’à émettre une fatwa contre l’excision (http://www.rfi.fr/contenu/20100113-une-fatwa-contre-lexcision/).

Ensuite, l’excision ne présente aucun avantage. La prétendue préservation de la femme excisée contre la débauche est un mythe. Il n’y a pas moins de travailleuses du sexe ou de « femmes faciles » dans les pays qui pratiquent l’excision qu’ailleurs. Mieux, il ne s’agit au fond que d’un outil de contrôle de la sexualité des femmes qui, s’il avait été efficace dans les temps, ne l’est plus dans les conditions du monde moderne. Même si, curieusement, les femmes semblent être les vraies gardiennes de cette tradition alors même qu’il s’agit d’un instrument éminemment masculin pour les contrôler, l’excision n’apporte rien à la femme.

Par contre, elle présente beaucoup d’inconvénients. Outre le fait qu’elle a pour effet de diminuer physiquement la fille ou la femme qui la subit, elle peut non seulement porter atteinte à la santé reproductive de la femme mais également à son confort existentiel. Ces inconvénients ont été suffisamment explicités mais les messages de sensibilisation semblent tomber dans des oreilles de sourds.

Face à cette situation qui défie le bon sens, il va falloir encore multiplier les efforts auprès des femmes pour qu’elles comprennent que l’excision n’a, ni justification religieuse, ni justification morale ; que Dieu n’enverra pas une femme en enfer parce que son clitoris est resté intact et que peut-être que celle qui a porté le couteau pourrait bien y aller. En tout cas, la première est moins proche de l’enfer que la seconde. Mais, plus sérieusement, les femmes doivent comprendre que l’excision est tout simplement IN-SEN-SE. S’il faut que l’Etat fasse emprisonner quelques personnes pour que le message passe, eh bien qu’il le fasse !

Sékou Oumar CamaraPour nenehawa.com

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