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Femme guineenne et africaine

Interview: Djenabou Boiro Diallo

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Djenabou Boiro Diallo « En Guinée lorsqu’on parle de journée de la femme elles font plus de plus de « mamaya » qu’autre chose.

Chez nous les « promotions canapés »ne finissent pas « des notes sexuellement transmissibles » existent encore.Comment se faire respecter dans ces conditions ? On rencontre encore des femmes qui ont fait des études mais qui se retrouvent femme au foyer et attendent tout de leurs époux. » Est une  jeune juriste  et  fiscaliste  très   dynamique  Votre quotidien nenehawa.com l'a rencontré pour vous. Entretien à lire.

 

Bonjour Djenabou et merci de nous accorder cet entretien

Bonjour nenehawa.com, c’est moi qui vous remercie pour l’opportunité qui m’est offerte.

Tu travailles dans  un Cabinet de Conseil Juridique et Fiscal. Merci de préciser aux lecteurs le nom du cabinet et nous dire un peu qu'est-ce qu’on fait exactement dans ce genre de cabinet (en Français simple) ?

En effet je travaille au Cabinet Conseils Associés en Afrique (C2A Guinée SA).Notre activité se résume essentiellement à fournir du conseil et de l’assistance Juridique et Fiscale à nos clients qui sont généralement des entreprises. Pour certains clients, nous intervenons dès le début c’est-à-dire à la création de l’entreprise. Pour ce type de client, le mieux est de se faire entourer par des professionnels qui les conseillent  sur la forme juridique à adopter en fonction de leur activité future.

Nous assistons aussi de potentiels investisseurs étrangers, qui avant de venir s’installer en Guinée cherchent à connaitre le paysage juridique et Fiscal du pays. Les questions les plus récurrentes sont de savoir quel est le type d’entreprise à créer pour une société qui voudrait évoluer dans telle ou telle activité, quels sont les impôts à payer, la périodicité du paiement, les pénalités y relatifs, les optimisations fiscales à leur proposer (voies et moyens légaux pour payer moins d’impôts) existe-t-il des exonérations d’impôts prévues pour les nouvelles entités qui s’installent en Guinée etc…

Concernant les clients déjà en phase d’évolution, nous les assistons au jour le jour par exemple dans le règlement où la gestion des conflits sociaux (démission, licenciement, retraite…), le calcul et la déclaration de leurs impôts, la gestion de leur réunions sociétaires…Bref, nous sommes incontournables dans la vie de nos clients.

Quel est ton rôle ou ta responsabilité dans ce cabinet ?

En tant qu’Assistante Manager je supervise le traitement de tous les dossiers du cabinet avant validation par mes supérieurs et  envoie au client. Vous savez les cabinets sont structurés en grade et le travail est souvent accompli du plus bas au plus haut. Lorsqu’un client a une préoccupation par exemple, il l’adresse à l’un des associés qui me le transfert pour traitement. J’ai une équipe sous ma responsabilité avec laquelle je travaille ensuite. C’est une sorte de travail à la chaine qui nécessite l’implication de tout un chacun.

En tant que fiscaliste, as-tu constaté une évolution dans l’attitude des sociétés en Guinée jusqu’à présent tentés de dissimuler une partie de leurs avoirs au fisc ?

Oui même si à mon avis on pourrait encore mieux faire. En effet, légalement toute société devrait avoir un Numéro d’Identification Fiscal communément appelé dans notre jargon le code NIF au plus tard un mois après sa création. Ce numéro est attribué par la Direction National des impôts et permet à cette structure étatique chargée de collecter les impôts et taxes pour l’Etat d’identifier les contribuables. Mais le constat était que certaines entreprises locales en générale refusaient ou tardaient à s’immatriculer auximpôts. Et cela consistait un gros manque à gagner pour l’Etat.

Toutefois, depuis deux ou trois ans, il a été créé en Guinée l’Agence de Promotion des Investissements Privés ( APIP) qui aujourd’hui est le guichet unique chargé d’immatriculer toutes les sociétés au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM) ainsi qu’aux impôts. Donc désormaispersonne ne peut se cacher en principe.

L’obtention du code NIF nécessite toutes les informations relatives aux dirigeants de la société (pièce d’identité, adresse et numéro de téléphone) mais aussi les informations relatives à l’adresse de la société. Ainsi, lorsque la société ne s’acquitte pas d’un impôt les agents savent où la retrouver et lui réclamer les impayés.Par ailleurs, il faut préciser que la  Guinée étant un pays assez particulier, où les gens sont  capables de tout pour ne pas débourser de l’argent au profit de l’Etat mais néanmoins attendent tout du même Etat, certains arrivent encore à se faufiler entre les mailles du filet.Chose assez déplorable à mon avis. Mais franchement, depuis l’institution de l’APIP une nette évolution a été constatée.

Que conseillerais-tu aux entrepreneurs qui veulent investir en Guinée en tant que juriste et fiscaliste lorsqu’on connait  notre mauvaise place dans le « Doing Business » ?

Humm mauvaise place dans le Doing Business ? (rire)  on a quand même pris quelque points dans le classement depuis l’institution de l’APIP hein ! La place est toujours mauvaise mais elle s’améliore et cela est à saluer. Par ailleurs concernant les entrepreneurs, je leur dirais qu’il y’a tout à faire en Guinée et cela très sincèrement. Je sais qu’il y’a beaucoup de Guinéens qui aimeraient rentrer investir mais sont réticents à cause de tous les maux que ce pays vit actuellement. Je parle des Guinéens parce qu’à mon avis ce sont les principaux concernés.  Je les rassure que le minimum de sécurité juridique existe même si nous avons besoin d’encore mieux.Par exemple certains de nos textes de loi ont vraiment besoin d’être revu et adaptés à notre époque car ils datent du premier régime et les amandes et pénalités sont encore libellées en syli (ancienne monnaie).

Néanmoins si je prends l’exemple du code des investissements, il  offre à toute personne procédant en Guinée à la création d’une entreprise ou à l’extension d’une entreprise existante de bénéficier des avantages fiscaux associés à un ou plusieurs régimes privilégiés si l’activité entreprise ou son extension contribue à la réalisation d‘un ou de plusieurs objectifs prioritaires de développement économique et social.

Entendez par objectifs prioritaires, les activités du secteur bancaire, l’agriculture, la pêche, les cultures industrielles comportant un stade de transformation et de conditionnement des produits, la promotion immobilière,le tourisme et hôtellerie etc.

Vous voyez tout cela est mis pour encourager l’investissement en Guinée. Franchement ce pays a besoin d’investissements, il a besoin de nouvelles choses, besoin qu’on s’occupe de lui. Donc aux investisseurs,  je leur dis n’ayez pas peur, venez et ensemble construisons la Guinée.

En observateur de la vie économique guinéenne depuis quelques années, y’a-t-il des secteurs particulièrement porteurs aujourd’hui  pour les femmes ?

A mon avis tous les secteurs sont porteurs pour les femmes. Il suffit qu’elles s’y mettent. Et je suis persuadée aujourd’hui que les femmes de Guinée sont capables d’accomplir de grandes choses dans le développement de ce pays. Mais j’ai l’impression qu’elles ne s’en rendent pas compte. En matière de business le genre n’a aucune importance. Je n’ai pas envie qu’on parle de secteurs purement féminin Non !! J’ai envie que lorsque je vais vers une personne pour affaire que cette personne ne me voit pas en tant que femme mais tout simplement en tant que partenaire d’affaires qui pourrait lui rapporter de l’argent point.

Je vais vous raconter une anecdote.Une fois je suis allée défendre un client qui était embêté par un service de la place. J’essayais d’expliquer à mon interlocuteur qui semblait ne même pas savoir en quoi consiste réellement son boulot qu’il était en déphasage avec la loi. S’en est suivit une discussion assez houleuse. A un moment il me dit «  madame calmez-vous. Vous devenez  très passionnée, mais je comprends vous êtes une femme » (rire) je préfère ne pas raconter la suite. La seule chose que je peux dire c’est qu’à la fin de la réunion il avait compris qu’il avait tort car nous avons été obligés d’aller voir son supérieur qui a tranché.

En nous raccompagnons mon collègue mon client et moi, l’agent me dit ceci : « mais madame vous vous êtes une tigresse hein ! » (Rires). Tout ça c’est pour vous dire que les hommes sont réticents face aux femmes. Dès qu’ils ont une femme en face ils ont ce sentiment de supériorité et pensent qu’elle est de facto incompétente et devrait rester à sa place de femme. Bref les femmes  pour évoluer dans les affaires surtout dans nos sociétés, doivent se battre encore plus que les hommes pour se faire respecter et accepter pour leur compétence et leur bravoure. Nous pouvons faire toute sorte de travail comme les hommes il suffit de le vouloir et d’y croire.

Tu es membre de L’AJAD. Que signifie AJAD et quels sont ses objectifs ?

L’AJAD c’est l’Association des Juristes en Action pour le Droit créée en 2011 et depuis elle est très présente dans le paysage juridique du pays.

Concrètement, ses objectifs consistent en la vulgarisation du droit principalement le droit OHADA ; mais aussi l’assistance aux étudiants et diplômés en Droit dans leur insertion dans le monde professionnel.

Et les actions concrètes de votre association depuis sa création ?

Nous avons plusieurs actions à notre compte. Par exemple chaque année nous organisons le prix « meilleur étudiant en droit OHADA » pour les novices l’OHADA c’est l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires. Cette Organisation regroupe de nos jours 17 pays africains qui sont tous soumis au même droit concernant entre autre le droit commercial, le droit des sociétés et du GIE, le droit des suretés, le droit du recouvrement des créances, le transport terrestre, le droit comptable…).Ce concours concerne les facultés de droit qui nous envoient leurs meilleurs étudiants qui concourent et le gagnant repart avec de la documentation juridique et nous lui offrons un stage de 6 moisen cabinet.

Aussi en 2014, nous avons organisé pour la première fois le forum des métiers du droit. Ce forum qui s’est déroulé en deux jours a consisté à occasionner une rencontre entre les étudiants et les professionnels du droit. Le constat fut que les étudiants ne savaient pas vers quel métier se dirigeraprès leur études et en quoi consisterait ce métier.

Donc nous avons réunis des avocats, des notaires, des huissiers les magistrats, des greffiers, des conseillers juridique et la gendarmerie nationale afin qu’ils expliquent à ces jeunes en quoi consiste leur travail et quelles sont les conditions pour y accéder. Ce forum fut vraiment fructueux et nous comptons renouveler l’expérience cette année les 3 et 4 juin prochain.

En plus de ces évènements annuels, nous animons souvent des conférences dans les universités. La dernière en date que j’ai personnellement Co-animée s’est déroulée le 4 avril dernier à l’université de Sonfonia sur le thème« Procédures de création de sociétés commerciales, formalités pratiques ».Cette année nous comptons organiser des séminairestournants dans les différentes universités de Conakry.

Nous  collaborons aussi avec l’UNIDA qui à travers notre association,a offert il y’a quelques mois une centaine de codes OHADA révisés à la justice Guinéenne. Nous avons en présence du ministre de la justice distribués ces codes aux magistrats Guinéens.Voilà en gros en quoi consiste nos activités et nos objectifs.

Quels sont les conditions pour devenir membre ?

Plusieurs conditions sont listées dans nos statuts et règlement intérieur. Mais en plus simple je dirais soit être étudiant en droit ou Juriste de formation ou de profession.

On ne peut pas se quitter sans que tu nous dises en tant que femme juriste  si  les droits des femmes évoluent un peu dans notre pays lorsqu’on sait que la parité tant souhaitée tarde…

A mon avis le droit des femmes évolue mais pas à la vitesse souhaité. De plus en plus de femmes vont à l’école font de grandes études et sont indépendantes dans ce pays. Ils y’a des femmes chefs d’entreprises aujourd’hui qui s’ensortent autant que les hommes sinon mieux. Je pense pour que ce droit évolue il faudrait plus de femmes instruites et qui connaissent leurs droits. Par ce que pour revendiquer quelque chose il faut au préalable savoir qu’on y a droit. La majeure partie des femmes subissent encore la violation de leurs droits soit dans leur foyer soit dans leur famille. Je parle des femmes battues, des mariages forcés, de l’excision et j’en passe. Donc pour lutter contre ces pratiques il faudra lutter pour la scolarisation de la jeune fille.

Que reste –t-il encore et surtout que doivent faire les femmes elles mêmes ?

Je vais vous répondre par une citation de Wolé Soyinka «  le tigre ne proclame pas sa tigritude le tigre bondit sur sa proie et la dévore ». En résumé il ne faut pas seulement que les femmes réclament la parité ou leur droit il faut l’arracher.  En Guinée lorsqu’on parle de journée de la femme elles font plus de plus de « mamaya » qu’autre chose. Chez nous les « promotions canapés »ne finissent pas « des notes sexuellement transmissibles » existent encore. Comment se faire respecter dans ces conditions ? On rencontre encore des femmes qui ont fait des études mais qui se retrouvent femme au foyer et attendent tout de leur époux.

Lorsqu’un test de recrutement est organisé en général le taux d’échec des femmes est catastrophique. Elles pensent qu’être femme suffit à régler tous leurs problèmes. Moi je dis NON ! il faut qu’elles se lèvent, il faut qu’elles acceptent et comprennent que la vie c’est la femme. Que l’avenir c’est nous. En exemple il y’a aujourd’hui sauf erreur de ma part 13 banques en Guinée une seule est dirigée par une femme. Dans un gouvernement de  40 ministères en général on n’y retrouve pas plus de 5 femmes, l’Assemblée nationaleon n’en parle pas. Est-ce dire que nous sommes incapables ? NON ! Des femmes capables y’en a mais des femmes qui osent il y’en a peu.

J’aimerais bien voir une femme Ministre des mines ou des finances et voir un homme Ministre de la condition féminine et de l’enfance un jour. Depuis toujours le ministère des affaires sociales de la condition féminineet de l’enfance a été dirigé par des femmes mais nos conditions sont toujours aussi mauvaises. On veut la parité ? Onveut le respect ? Osons bondir sur notre proie et oublions la « mamaya ».

Tes suggestions et ton dernier mot  pour le site nenehawa.com

Je remercie le site nenehawa.com pour cet intérêt porté sur ma modeste personne, et surtout pour tout le bon travail que vous accomplissez. Je vous encourage à continuer dans ce sens sachez que la gente féminine compte sur vous. Merci du fond du cœur et surtout merci d’avoir Osé.

Une interview réalisée par  Nenette Baldé Pour Nenehawa.com

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