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Femme guineenne et africaine

Brazzaville : Ces femmes courageuses qui cassent des pierres pour chasser la faim et pour survivre

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L’image de la femme africaine telle qu’elle est véhiculée par l’imaginaire collectif oublie souvent l’une de leurs qualités essentielles : le courage. Ce n’est pas le courage guerrier des amazones des anciens empires africains, ce n’est pas le courage des féministes de salon, c’est le courage pour survivre, nourrir sa famille, élever ses enfants.

Ce mot de « courage » s’applique à ces femmes de Brazzaville qui cassent des pierres pour survivre.  En  dépit des chaleurs parfois accablantes de Brazzaville, j’ai rencontré une femme qui, avec  d’autres, frappe inlassablement de son marteau des blocs de pierre dure, afin  d’en recueillir un précieux gravier qu’elle vend ensuite à ceux qui ont des chantiers de construction. Ce travail est dur, harassant, avec des risques. Elle m’a dit : «  Je casse la pierre pour donner un sens à ma vie, je casse la pierre pour perforer les méandres obscurs qui bloquent ma vie, je vais chasser la faim de chez moi… »

La plupart des passants qui s’arrêtent pour regarder cette femme en train de casser la pierre, ou assise devant ses sacs de pierre attendant les clients,  ne manquent de mots pour la féliciter. Derrière ce courage, transparaît une immense fierté.

Forçat du quotidien, telle une poétesse, Janine, sourire aux lèvres, se justifie sur le choix de cette activité rude en principe réservée aux hommes, parce qu’elle nécessite une force physique : «  Je suis contrainte, M. le journaliste, je casse la pierre qui me rapporte par sac la somme de 1000 frs cfa. Si j’en vends 5, imaginer la suite (sourire), j’ai 5000 frs, J’ai accepté  ce dur labeur pour sauver ma famille »

Une autre casseuse de pierre, Solange, ajoute : «  C’est vraiment dur, très dur même. Regardez comment la paume de mes mains est devenue dure, mais je préfère cette activité, car elle me permet de nourrir ma petite famille. Les revenus après vente oscillent entre 15.000 fcfa et 30.000 fcfa par mois, soit 23 à 46 € ».

Robert, un client, témoigne : «  J’aime acheter auprès d’elles pour les encourager dans leur travail (…) c’est vrai qu’aucun métier n’est facile, mais il est mieux qu’elles gagnent l’argent ainsi, au lieu d’aller se prostituer… ».

L’Afrique se caractérise par la part importante qu’occupe l’économie informelle dans le revenu des familles. Cette économie informelle est le symbole de l’intelligence de la rue. Les femmes africaines, souvent livrées à elles-mêmes, font preuve de courage et d’abnégation pour « donner un sens » à leur vie, pour « chasser la faim ».

À l’heure où l’Afrique connaît un fort développement, il existe encore d’immenses poches de pauvreté. Des États, à cause de la crise des matières premières (pétrole en particulier), traversent une grave crise économique. L’économie formelle ne crée pas suffisants d’emplois avec des revenus décents. Le contrat social et de solidarité n’existe pas. Il reste à ces femmes le courage qui les conduit à accepter les métiers les plus difficiles pour survivre. Chaque pierre cassée est une victoire sur « les méandres obscurs » de leur vie.

Au bout de chaque pierre cassée, il y a un repas pour la famille, un enfant qui ira à l’école.

Source : Autre Presse

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