NENEHAWA.COM

Femme guineenne et africaine

Interview : Aicha Kallo Une Femme engagée pour combattre le VIH sida

  • PDF

Aicha Kallo « J’ai toujours abhorré l’injustice donc mon engagement personnel concernant cette maladie n’est pas différent de mon engagement face aux différentes injustices que subissent les femmes. Je tiens á rappelé que les femmes sont de plus en plus touchées par cette infection, surtout en Afrique subsaharienne où près de 60% des adultes vivant avec le VIH sont des femmes.  Ma motivation vient de mon engagement dans la lutte contre les injustices que connaît la gent féminine. Je suis convaincue que toutes les femmes doivent se battre afin que ce monde devienne un endroit où naitre avec le sexe féminin ne doit pas être une raison suffisante pour être á la merci de tous les maux.   Rien n’est plus beau que de voir des femmes qui ont compris qu’elles ont le plein droit sur leurs corps. » Est une femme dynamique aux multiples  casquettes, très engagée dans la lutte contre le VIH sida et la santé  Nous l'avons rencontrée. Entretien à lire

Bonjour Aicha. Comment vas-tu aujourd'hui ?

Bonjour « Nenette Balde  ».  Je me porte très bien, Dieu merci

Avant de continuer, peux-tu dire aux lecteurs de notre plateforme ce que  fais-tu  en Angleterre comme activité principale ? Quel est en bref  ton parcours professionnel?

A présent, je travaille dans deux structures. Je suis coordinatrice de projet au sein d’une organisation de santé sexuelle, NAZ et j’occupe aussi le poste de conseillère médicale au sein du service de la santé sexuelle de central London Community Health Trust, un hôpital public.Bon, mon parcours n’a pas été aussi simple que planifié. En 2006, lorsque j’ai obtenu ma maitrise  en gestion financière et comptable á l’école nationale de commerce et de gestion de Settat, au Maroc, j’ai décidé de faire une formation en langue anglaise en Angleterre.

Une fois en Angleterre, J’ai voulu intégrer le monde des finances mais je me suis rendue compte que c’était un monde très compétitif et plutôt fermé aux étrangers surtout ceux qui ont des visas-étudiant.

J’ai donc commencé par un stage dans le département financier d’une organisation de personnes affectées et infectées par le VIH, Positive East, en 2007.

Durant mon stage, je me suis rendue compte que les francophones avaient du mal á jouir des privilèges á cause d’un problème de langage. Mes services étaient souvent convoités pour traduire des informations techniques sur le VIH.

Je décidai alors de saisir cette opportunité en faisant  une formation en maladie sexuellement transmissible et le VIH.  Avec ces nouvelles connaissances, je continuais á travailler en tant que bénévole pour d’autres organisations de lutte contre le VIH comme Alongside U et l’hôpital d’ Homerton.

Etant étudiante, je n’avais pas le droit de travailler en temps pleins donc je bossais comme « aide-soignante » dans une maison de retraite et pour des agences. Je faisais ces boulots pendant que j’étudiais et faisais du bénévolat.

En 2014, dans le cadre des recherches de fin d’études pour l’obtention de mon master en santé publique, j’ai fait ma demande de stage dans une organisation de personnes infectées et affectées par le VIH, PositivelyUk. Je fus invitée pour un entretien qui se termina par une offre de travail. Je commençais enfin mon premier boulot payé dans le domaine de lutte contre le VIH.

J’étais recrutée en tant que mentor et après quelques mois d’expériences au sein de PositivelyUK,  je postulais pour le poste de conseillère médicale sexuelle á l’hôpital, CLCH où je travaille depuis 2014.

En 2015, on m’offrit la position de chargée des dossiers au sein PositivelyUK.

Apres trois années á positivelyUK, je décidais de postuler pour le poste de coordinatrice des projets pour la communauté noire Africaine et Caribéenne á NAZ, une organisation de santé sexuelle.

Comme vous pouvez le constater, j’ai toujours jonglé entre plusieurs boulots.

En plus de mes boulots rémunérés, je suis une bloggeuse ‘multiculturelle’, fondatrice & animatrice du groupe facebook ‘si on parlait de la santé’, représentante  de la zone Angleterre & Australie du mouvement mondial des femmes leaders, membre du groupe chargé des études de nouvelles technologies pour la santé sexuelle ‘ PRECISE ‘ et membre du groupe chargé de l’amélioration des procédures médicales du British HIV association.

Nous voulons focaliser cet entretien sur  une maladie: le VIH/ SIDA.  Que signifient ces 2 sigles et comment agit le virus sur le corps  humain ?

Le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) est le virus responsable du syndrome d’immunodéficience acquise (sida).

Lorsque le virus (VIH) pénètre dans l’organisme, il attaque le système immunitaire qui protège le corps contre les maladies et les infections. Plus particulièrement, le virus infecte et détruit certains éléments essentiels du système immunitaire, des globules blancs, appelés lymphocytes CD4. En l’absence de traitements antirétroviraux (ARV), les défenses immunitaires chutent et l’infection évolue vers le stade sida.

Il est donc impératif de ne pas confondre ces deux termes car une personne qui vit avec le VIH ne va pas nécessairement atteindre le stade sida.

Comment définis-tu- ton engagement personnel  Concernant cette maladie ? Quelle est ta motivation?

J’ai toujours abhorré l’injustice donc mon engagement personnel concernant cette maladie n’est pas différent de mon engagement face aux différentes injustices que subissent les femmes. Je tiens á rappelé que les femmes sont de plus en plus touchées par cette infection, surtout en Afrique subsaharienne où près de 60% des adultes vivant avec le VIH sont des femmes.

Ma motivation vient de mon engagement dans la lutte contre les injustices que connaît la gent féminine. Je suis convaincue que toutes les femmes doivent se battre afin que ce monde devienne un endroit où naitre avec le sexe féminin ne doit pas être une raison suffisante pour être á la merci de tous les maux.   Rien n’est plus beau que de voir des femmes qui ont compris qu’elles ont le plein droit sur leurs corps.

Que faire lorsqu’on est atteint du SIDA ? Peut-on actuellement guérir le Sida ?

Comme je le disais tantôt le SIDA est le syndrome d’immunodéficience acquise, en gros, c’est la phase tardive de l’infection par le VIH. Lors de cette phase tardive, le système immunitaire est complètement affaibli donc la personne infectée peut souffrir plus facilement des maladies opportunistes telles que : la candidose, la pneumonie, la tuberculose, les infections à l’herpès, et aussi des cancers (notamment des lymphomes et le sarcome de Kaposi).

Une personne atteinte du SIDA  doit immédiatement aller á l’hôpital. Le médecin peut alors décider s’il faut s’attaquer  aux maladies opportunistes avant de débuter les antirétroviraux (ARV) ou inversement.

Si nous comprenons que le SIDA est le stage tardif de l’infection par le VIH alors avec un suivi médical, il est tout á fait possible qu’une  personne puisse passer du stage SIDA au stage du VIH.

Par contre si vous voulez savoir s’il est possible d’éradiquer le VIH alors  je vous dirai tout de même : Pour le moment, il n’y a aucun traitement qui éradique le VIH.

Bien qu’il y’ait eu des cas de guérissons reportés mais ces cas restent des phénomènes rares.  Il a été reporté que deux hommes infectés par le VIH avaient pu être guéris après une greffe de moelle osseuse. Il y’a aussi le cas d’une petite fille qui était déclarée infectée par le VIH á la naissance. Dès sa naissance, la petite fille avait reçu un traitement intensif par trithérapie combinant trois molécules différentes. À la fin de sa thérapie, la charge virale était indétectable. Des tests réalisés postérieurement ne révélaient toujours aucune trace du VIH dans son sang.

A part ces exemples miraculeux,  malheureusement, pour l’instant, les personnes infectées doivent prendre des traitements á vie.  Néanmoins  beaucoup de recherches sont en cours donc gardons de l’espoir.

Que dites-vous à ceux qui pensent que le SIDA n’existe pas et à certains qui affirment qu’avec les plantes et la pharmacopée africaine on peut guérir le SIDA ?

Je dirai á ceux qui pensent que le VIH/SIDA  n’existe pas, que cette maladie est bien et bel réelle  donc protégez vous afin de ne pas vous réveiller pleins de regrets.

Je suis une amoureuse de la médicine traditionnelle. Je pense réellement que nos gouvernants doivent y investir. En y investissant, ils  réduiront la part du budget octroyée á l’achat des médicaments et lutterons mieux contre le commerce illicite des médicaments.

S’il y’a des plantes et la pharmacopée africaine qui peuvent guérir le VIH alors tant mieux. Que les gens qui détiennent ce secret se présentent aux bons endroits afin qu’on puisse les aider á  développer leurs médicaments. Le continent en a besoin.

En attendant de découvrir des traitements qui pourront éradiquer le VIH,  je  conseillerai aux personnes infectées de continuer á prendre leurs médicaments car leur survie en dépend. Lors de la dernière conférence sur le SIDA á Paris, l’un des messages clés était : Une personne infectée par le VIH qui a une charge virale indétectable ne peut pas transmettre le virus aux autres même pendant les rapports sexuels non protégés.

Donc encourageons les tests de dépistages très  tôt et la prise en charge des malades. Je suis persuadée que c’est  avec la combinaison de ces deux stratégies que nous aurons la victoire face au VIH.

Quelles conséquences pour nos pays où le taux de malades est le plus élevé ?

Le refus de se faire tester, de prendre des médicaments et l’ignorance de l’existence du VIH/SIDA  sont les raisons principales de la propagation de la maladie. L’Afrique a une population jeune donc nos dirigeants doivent vraiment faire des efforts pour mettre fin á l’ignorance, á la discrimination et  au  manque de prise en charge des personnes infectées.

Avez-vous des propositions pour les décideurs en santé publique relative à la prévention et surtout à la prise en charge totale des personnes malades ?

De mon expérience, je dirai que la maitrise de cette maladie ne peut pas se faire en se focalisant uniquement sur la prévention.  Pour pouvoir la maitriser, il faut une stratégie á 4 niveaux :

L’éducation. Comme on le dit, l’ignorance tue. Une personne qui sait comment se protéger et protéger les autres est rarement exposée á une maladie sauf par négligence ou par malchance.

L’accès aux antirétroviraux pour tous les malades. Si nous ne traitons pas ceux qui sont malades alors ne soyons pas surpris de voir plus de malades. Comme je le disais tantôt, une personne dont le VIH est maitrisé n’est pas infectieuse.

L’existence des centres de dépistage sur tout le territoire.   Si les personnes infectées se promènent dans les rues sans le savoir alors il y aura deux conséquences : des décès précoces et l’accroissement du nombre de personnes infectées

La mise en place du service de la santé sexuelle dans les hôpitaux. Un service qui sera  accessible et gratuit pour tout citoyen. Cela semble utopique mais si nous analysons en profondeur, nous arriverons á la conclusion que la prise en charge des maladies sexuellement transmissibles reviendra moins chère á l’Etat que le contrôle d’une épidémie.

Si nous arrivons á prendre en charge les malades et á éviter aux personnes bien portantes de tomber malade alors  nous parviendrons á maitriser la propagation des maladies. L’un ne va pas sans l’autre sinon nous risquons de tourner en rond.

En tant que  la représentante du mouvement mondial des femmes leaders  panafricaines de la section Angleterre-Australie … Nous sommes curieux de savoir que fait exactement ce mouvement ?

Lorsque les membres du mouvement mondial des femmes ont sollicité ma présence, j’ai été très honorée car  je n’ai pas autant d’expériences que ces braves dames. Elles m’inspirent toutes. C’est un véritable privilège de pouvoir apprendre auprès d’elles.

D’abord le mouvement mondial des femmes leaders panafricaines est un rassemblement de femmes compétentes de plusieurs pays.

C’est un mouvement qui a une vision sociale, économique, culturelle et politique d'émancipation des Africains du continent et de la diaspora africaine en une communauté africaine globale.

Nous voulons mettre en place une organisation qui servira de plateforme de dialogue politique, qui pourra avoir la capacité de poursuivre nos institutions qui faillent aux respects des traités internationaux signés, qui bafouillent les droits primaires de nos populations et qui commettent des abus, devant des juridictions internationales ou des institutions internationales.

Nous nous voyons comme la voix de nos populations qui n’ont souvent pas connaissance de leurs droits fondamentaux ou qui ne savent que faire face aux abus de nos institutions.

Dans ce sens, le mouvement mondial des femmes leaders panafricanistes  a pour rôle d’informer nos populations sur ses droits fondamentaux et de se battre  afin que les femmes compétentes soient représentées á des hauts niveaux de prise de décisions clés.

C’est un peu le résumé de nos objectifs.  J’ai énormément foi en notre vision car j’ai vu ces femmes á l’action.  Ce sont de véritables amazones. Des femmes déterminées et capables de mettre tout en œuvre pour atteindre leurs objectifs. Comme nous aimons le dire : c’est ensemble que nous serons imbattables.

Un conseil aux femmes et Guinéennes et africaines.

Un conseil aux femmes guinéennes et africaines : Arrêtez de vous sous-estimer, rêver grand et mettez y toute votre énergie afin d’être des sources d’inspiration pour les jeunes filles qui vous regardent.

Nous te  remercions  d´avoir accordé cet entretien   et  nous te souhaitons  une très grande carrière dans ton  métier et multiples activités bénévoles.

Merci á Nenehawa de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer sur un sujet qui me passionne : la lutte contre le VIH/SIDA

Une interview réalisée par  Nenette Baldé Pour Nenehawa.com

Identification



Faire un don

Enter Amount: