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Femme guineenne et africaine

Interview: Seny Esther Lama Journaliste á la RTG

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Seny Esther Lama journaliste à la RTG: "C'est une opportunité pour la Guinée s'il y a de femmes journalistes de qualité"Ester, journaliste reporter à la RTG. Nous l'avons rencontrée pour un entretien franc. Une occasion qu'elle a mise à profit pour nous parler des sujets divers et importants touchant sa jeune carrière: ses débuts, son épanouissement, la situation de la femme journaliste en Guinée, notamment dans les medias publics, mais aussi ce qu'elle pense de la Guinéenne tout court.

 

Nenehawa.com: Bonjour Ester ! Avez-vous souvenance de votre premier reportage à la TV ?

Seny Esther ...Oh oui! Je me souviens exactement de mon premier reportage à la télé. C'était avec la ministre de la santé d'alors, Mme Maimouna Bah. Il y avait une épidémie de cholera à Conakry, elle devait se rendre à l'hôpital Donka où se trouvait l'un des centres de traitements du cholera. Mon Rédacteur en chef, Fodé Tass Sylla m'a désignée pour la couverture médiatique. Depuis le début de mon stage c'était  la première fois que j'aille sur le terrain toute seule avec le cameraman (les  fois précédentes, j'allais avec les anciens). Tout s'est bien passé jusqu'au montage et là je me suis rendue compte  que non seulement le cameraman avait raté tous les sons mais aussi les images n'étaient pas bonnes. Dans la salle de montage, j'étais abattue et je ne savais quoi faire. Mon chef m'a rassurée. Le lendemain nous sommes allés voir la ministre et il lui a expliqué ce qui est arrivé. Elle avait d'autres tournées dans les centres de traitement, nous sommes allés et cette fois c'était bien. Le reportage a été diffusé. C'était aussi la première fois que ma voix passe à l'antenne. J'ai reçu des encouragements de part et d'autre. C'est comme ça mon baptême de feu a eu lieu.

Pour ceux qui vous découvrent… Quel est votre parcours académique et comment êtes vous arrivée à la RTG ?

J'ai une maitrise en journalisme. Je suis un produit de l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication de Kountia ( ISIC). A la fin de la  formation en 2007, l'école nous a reparti entre les rédactions des différents médias de la place pour le stage pratique. Je me suis retrouvée à la RTG pour le stage. Je me suis fait remarquer pendant le stage. Et c'est comme ça on m'a retenue. Depuis j'y suis.Bien avant la RTG j'écrivais déjà pour le groupe de presse Le Lynx-La Lance, ensuite pour le journal le Reporter. Donc je n'ai pas eu de problème d'écriture à la télé. Seulement, j'ai travaillé la voix pour effacer mon accent ivoirien. Je me suis intégrée facilement à la RTG. Mes chefs m'ont fait confiance.

Quelle est la différence entre journaliste, journaliste-reporter et reporter tout court ?

Sans donner de cours de journalisme, il y a bien une différence entre ces concepts. Le journaliste, c'est d'abord celui qui a eu la formation, ensuite qui fait de la collecte, du traitement et de la diffusion de l'information son métier et qui vit des retombées de métier. Maintenant un journaliste-reporter c'est ce journaliste qui part sur le terrain pour rendre compte, celui qui rapporte l'information. Le reporter tout court peut ne pas être journaliste dans ce dernier cas, il y a des reporters d'images, il est plus vaste et comprend en son sein  d'autres qui ne sont pas journalistes. Journaliste et journaliste-reporter, c'est un peu le contenant et le contenu.

Décrivez-nous un peu votre quotidien à la RTG…

Le quotidien à la RTG...Généralement ça commence par une fiche de reportage la veille et le jour même ensuite après c'est l'écriture du texte, ensuite la salle de montage qu'on appelle VTR ( Vidéo Tape Record). Et si la queue n'est pas longue (Il y a insuffisance de matériel, les pannes sont fréquentes aussi) t'as la chance que l'élément soit monté le même jour sinon tu rentres et reviens le lendemain. Et enfin si tu montes l'élément ça fait un ouf de soulagement. Vu les conditions difficiles de travail, ce n'est pas toujours facile. Souvent tu rentres chez toi complètement lessivé et à bout de nerf. Mais puisque le journalisme est une passion, on accepte et on assume. A part cela ça va; il y a l'ambiance dans la salle de rédaction et l'équipe est de plus en plus jeune. On fait de notre mieux pour faire la différence parce que quoi qu'on dise, la RTG reste une école. On se bat avec les maigres moyens. Il faut acheter soi-même ses consommables et tant d'autres.

Pensez vous que les journalistes guinéens sont bien  formés ? On a souvent tendance à croire que les medias préfèrent des gens formés ailleurs (Côte d’ivoire, Sénégal,….)?

Sans démagogie, je parle en particulier des journalistes de la RTG, il y en a de bons, très bien formés et qui font la fierté. Maintenant en général, je crois qu'il y a une remise à niveau à faire. Surtout quand on  lit certain journaux ou écoute certaines radios privées, il y a manque de professionnalisme chez la plupart de ceux qui y travaillent. Là je pense que c'est parce que beaucoup se sont retrouvés dans le métier par manque d'emploi, ils ne l'ont pas appris à l'école. Sinon je pense qu'il ne faut pas être complexé. Avec les conditions dans lesquelles nous travaillons, mis dans un autre endroit comme en Côte d'Ivoire ou Sénégal, on peut être parmi les meilleurs. (Là je parle de journalistes guinéens formés). A mon avis, la formation est d'abord personnelle. Quand on sait ce qu'on veut on met son énergie à contribution pour avoir une vision, une méthode et une discipline pour atteindre son objectif. La formation doit être continuelle. Si tu es partisan du moindre effort même si tu viens je ne sais d'où, tu resteras médiocre.

Au delà des compétences, peut-on affirmer que le journaliste guinéen est intègre ? Existe-t-il en Guinée un code de déontologie journalistique ?

Oui il y a un code de déontologie rédigé par les professionnels eux-mêmes à savoir l'Association  des Journalistes de Guinée ( AJG) et l'Observatoire Guinéen des Médias ( OGUIDEM). Maintenant en ce qui concerne l'intégrité, je pense que c'est une qualité qui ne doit pas seulement exigée du journaliste, en plus cela dépend de l'éducation de chacun.

Et la place de la femme dans cette profession ?

Ces dernières années, il y a de plus en plus de femmes dans le métier. Mais cette couche doit être représentative non seulement en quantité mais surtout en qualité. Les femmes journalistes doivent refuser de tenir le bas du pavé. C'est une opportunité pour la Guinée s'il y a de femmes journalistes de qualité. Elles peuvent contribuer à l'édification d'une Guinée unie et prospère, renforcer la paix dans le pays.

Et votre lecture sur les droits de la femme dans la société guinéenne ?

Là, il y a beaucoup à faire surtout au niveau des femmes elles-mêmes. Ses droits, il faut les connaitre pour les revendiquer. Sinon la Guinée a ratifié des conventions et droits en faveur de la femme. Mais au niveau de l'application,  si les femmes ne sont pas représentées qui va y penser. Je veux dire en Guinée il y a des lois en faveur de la femme mais l'application pèche. Soit parce que les femmes sont absentes à ce niveau ou parce qu'elles les ignorent. C'est là le rôle des medias, surtout de ceux qui sont spécialisés dans la promotion féminine comme votre site. (NDLR: nenehawa.com). Moi je n'accuse pas les hommes. Le droit se réclame après avoir accompli son devoir.

Êtes-vous pour la discrimination positive ? Et pourquoi ?

Oui! je pense que longtemps les femmes sont restées à la traîne. A compétence égale, je préfère qu'on prenne la femme. Elle est un être sensible, maternel qui peut apporter un changement dans un service. Le pays a été mis à genou par les hommes. Les femmes n'ont jamais été mêlées à des histoires de détournement. Si elles sont capables qu'on les essaie aussi. Et je suis sûre que ça va aller.

Pour terminer, quel conseil donneriez-vous aux  jeunes  filles qui rêvent de devenir journaliste –reporter ?

C'est d'abord de se mettre tout de suite au travail. De ne pas jouer avec la formation et ne surtout pas négliger celle qu'elles reçoivent maintenant. Qu'elles soient sérieuses avec elles mêmes, qu'elles travaillent et travaillent encore, car c'est le travail qui paye.

Nous vous remercions  d´avoir accordé cette interview  à notre site et vous souhaite une très grande carrière dans votre métier...

C'est moi qui vous remercie! Mes encouragements pour ce que vous faites pour la femme guinéenne.

Propos recueillis par Nenette Baldé pour nenehawa.com

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