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Femme guineenne et africaine

Polygamie : Fallait-il l’interdire ?

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La polygamie est officiellement interdite en Guinée depuis le début des années 1970s. Le Code civil dispose à cet égard que la pratique de la polygamie est proscrite non seulement aux Guinéens, quelque soit l’endroit où ils vivent, mais aussi à tous ceux qui vivent en Guinée, quelque soit leur nationalité (C.civ.315). Et pour être sûr que l’interdiction sera observée, le législateur prévoit même des peines pouvant aller de 5 à 10 ans d’emprisonnement à l’égard des contrevenants ; aussi bien des époux que de l’officier de l’état civil (C.civ.319).

Dans les faits, la polygamie est une pratique courante. En l’absence de statistiques, rappelons que, même au temps de l’Ancien Régime, certains dignitaires n’ont pu s’empêcher de transgresser l’interdit civique. Du temps de la IIème République, à partir de 1984, c’est le Chef de l’Etat lui-même qui se montre champion de la violation de la prohibition de la polygamie : Lansana Conté a eu à dire ‘’Oui’’ à pas moins de quatre femmes. Sans doute, pour ‘’effacer les fautes du chef’’, une exception sera apportée au principe de l’interdiction de la polygamie vers la fin des années 1990s. Désormais, si la polygamie demeure interdite, le législateur prévoit que si la première épouse donne son accord, le mari est autorisé à prendre une autre épouse. Le problème avec cette disposition – qui ne figure malheureusement pas dans une mise à jour du Code civil – est qu’elle n’indique pas dans quelles conditions de forme et de délais notamment la première épouse doit donner son accord. On considérera donc que d’exception, il n’en est rien.

En ce qui concerne la dernière génération de chefs d’Etat, aux affaires depuis fin 2008, ils ne pratiquent officiellement pas la polygamie. Mais si l’on s’en tient aux sorties mémorables de l’un d’entre eux, son ‘’droit d’avoir une copine’’ constitue en quelque sorte la contrepartie au renoncement à son ‘’droit d’être polygame’’.

Au dessous des Chefs, combien de ministres, de préfets, de directeurs et d’officiers polygames ? On ne peut le savoir avec exactitude. Mais on sait au moins que la plupart de ceux qui ont vu s’améliorer leurs conditions matérielles, ne serait-ce que le temps d’un rêve, sont allés prendre une deuxième ou une troisième épouse.

Inutile de parler de la plèbe. Pauvres et moins pauvres se marient à tour de bras, les premiers étant d’ailleurs les plus entreprenants dans ces questions matrimoniales.

Mais, plus significatif est le comportement même de la gent féminine par rapport à la question de la polygamie. Manifestement, aucune femme n’aime vraiment la polygamie. C’est ce qu’on apprend dans les quartiers et les villages et maintenant sur la toile et les réseaux sociaux. Mais il y a pourtant beaucoup de femmes qui vivent dans des ménages polygamiques. Si le mariage forcé peut expliquer une partie du phénomène, il n’explique cependant pas tout : certaines femmes s’engagent en toute connaissance de cause. On peut alors légitimement se demander pourquoi toutes ces plaintes contre l’institution de la polygamie, contre le mari injuste, contre la mauvaise coépouse, contre le ‘’beau-fils’’ dévergondé, etc.

Pour terminer, on ne peut s’empêcher de poser la question : Fallait-il interdire la pratique de la polygamie aux Guinéens et en Guinée ?

Sékou Oumar Camara Pour nenehawa.com

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